Mai 1968 : les barricades

Mai 1968 : les barricades


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  • Boulevard Saint-Michel à Paris, vestiges de barricades, mai 1968

    ZINT Günter (1941)

  • Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, mai 1968

    ZINT Günter (1941)

Boulevard Saint-Michel à Paris, vestiges de barricades, mai 1968

© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK Droits réservés

Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, mai 1968

© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK Droits réservés

Date de publication : mai 2018

Contexte historique

Les barricades en images

Parmi toutes les images de mai 1968, celles qui montrent les affrontements entre étudiants et forces de l’ordre dans le quartier Latin sont certainement les plus célèbres et les plus marquantes. Véritable métonymie de cette « révolution », les barricades, les pavés, les C.R.S., les jeunes affrontant les gaz lacrymogènes et les matraques en viendraient presque à résumer cet épisode dans les imaginaires.

C’est que les médias français puis internationaux qui les couvrent en direct leur donnent un écho formidable. Bienveillantes ou plus critiques, documentaires ou artistiques, ces représentations marquent les consciences et les représentations, jouant un rôle certain sur les événements eux-mêmes.

Ainsi en est-il de Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, mai 1968 qui ont été prises le 7 mai ou, plus vraisemblablement, le 11 mai, au lendemain de « la nuit des barricades » dans le quartier Latin. Mais c’est surtout dans les nuits du 6 mai (600 blessés, 422 interpellations) et du 10 mai (près de 1 000 blessés et 450 interpellations) qu’ont eu lieu les affrontements les plus violents, dont nous apercevons ici quelques vestiges.

Analyse des images

Lendemain d’émeutes

Ces clichés ont été réalisés par Günter Zint, à l’époque jeune photographe de presse allemand (né en 1941) qui travaille comme reporter pour le Spiegl et en indépendant. Fondateur de l’Agence Pan-Foto à Hambourg en 1964, il a alors déjà acquis une certaine notoriété avec ses images en noir et blanc consacrées au football, à la musique, aux mouvements de protestation et plus généralement à la jeunesse européenne. C’est donc presque naturellement qu’il se rend à Paris en mai 68, où il réalise de nombreuses photographies des étudiants en lutte.

Ici, Zint choisit de représenter un lendemain d’émeute. Certes, de nombreux jeunes gens sont visibles sur les images, qui ont peut-être participé à l’insurrection de la veille. Mais la présence de personnes plus âgées (une vieille dame au premier plan), l’apparition d’une voiture assez luxueuse qui tente d’avancer ou encore l’attitude générale des passants indiquent que l’on n’est plus dans l’un des moments forts et chauds de la révolte.

Si aucune tension n’est palpable, ces photos témoignent néanmoins toutes deux de l’intensité des affrontements. Sur le premier cliché pris au milieu du boulevard Saint-Michel (à l’angle de la rue Racine), les pavés ont été arrachés et une deux-chevaux a été retournée. Sur le second pris un peu plus bas, une partie de la chaussée est éventrée, dont les pavés ont été amassés en un tas assez haut. Au second plan, la foule est assez dense, qui ferait presque penser à une sorte de cortège.

Interprétation

Après les pavés

Ces photos saisissent d’abord un moment assez particulier, une sorte d’entre-deux. Sans parler de retour à la normale, il semble que la vie urbaine reprenne ici - partiellement et peut-être momentanément - son cours, permettant aux curieux pour la plupart satisfaits (voir les sourires sur les visages juvéniles) de venir voir paisiblement les traces des heurts ; et aux quelques rares autres citadins moins impliqués de suivre leur chemin. Mais les vestiges de barricades qui font surgir l’inhabituel dans un décor urbain familier démentent immédiatement cette impression, rappelant que le moment est exceptionnel. La foule diffuse et pacifique sur la seconde photographie présente une majorité de jeunes parmi les passants. L’absence totale de forces de l’ordre est à cet égard notable, les rues étant comme rendues aux seuls citoyens, dans la droite ligne des revendications et des luttes nocturnes.

Sans être spectaculaires, Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, mai 1968 nous renseignent également sur les réalités des combats, et plus particulièrement sur les moyens mis en œuvre par les émeutiers. Utilisés comme projectiles, les pavés servent aussi à ériger les fameuses barricades, sur lesquelles on placera divers objets (ici, une voiture) pour se protéger et bloquer le passage. En creusant la chaussée, il s’agit aussi de rendre la circulation des véhicules de police difficile sinon impossible. Au-delà des considérations concernant les techniques de guérilla urbaine, le recours aux pavés et aux barricades puise aussi dans une tradition et un imaginaire politique assez significatifs qui renvoie aux révolutions parisiennes, notamment celles du XIXe siècle. Enfin, il détourne un objet de sa fonctionnalité première, assurant l’irruption du désordre, de l’inattendu, de la colère au cœur du réel ainsi réinventé.

  • Mai 68
  • cinquième République
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  • rue
  • Paris
  • manifestations

Bibliographie

ARTIERES, Philppe et ZANCARINI-FOURNEL, Michelle, (dir), 68, une histoire collective : 1962-1981 Paris, La Découverte, 2008.

CAPDEVIELLE, Jacques et REY, Henry (dir), Dictionnaire de mai 68, Paris, Larousse, 2008.

GOBILLE, Boris, Mai 68, Paris, La Découverte, 2008.

SIRINELLI, Jean-François, Mai 68 : l'événement Janus, Paris, Fayard, 2008.

ZANCARINI-FOURNEL, Michelle, Le Moment 68, une histoire contestée, Paris, Seuil, coll. « L'Univers historique », 2008.

Pour citer cet article

Alexandre SUMPF, « Mai 1968 : les barricades »


Video: Les événements de Mai 68 résumés en 3 minutes