Le Metropolitain, un enjeu capital

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  • Projet de Chemin de Fer souterrain Villette-Halles Centrales

    BOURDELIN Emile

  • La Construction du Métropolitain

    LOIR Luigi (1845 - 1916)

Projet de Chemin de Fer souterrain Villette-Halles Centrales

© RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet

La Construction du Métropolitain

© Musée La Piscine (Roubaix), Dist. RMN-Grand Palais / Arnaud Loubry

Date de publication : février 2020

Contexte historique

La civilisation du chemin de fer

Entre 1861 et 1900, la représentation du métropolitain de Paris est passé de la gravure reproduisant les plans d’un futur incertain à la peinture à l’huile saisissant sur le vif les travaux enfin lancés. Ce qui ne semblait qu'un projet fou quand le graveur Émile Bourdelin a réalisé son dessin est devenu réalité lorsque le peintre Luigi Loïr pose son chevalet rue de Rivoli. Il aurait été un ami de Gustave Doré, est connu pour Paris à vol d’oiseau : cette vue aérienne de la ville en train de changer de visage indique son intérêt pour les travaux lancés par le baron Haussmann. On retrouve aussi sa signature dans plusieurs publications techniques de l’époque : il semble fasciné par les innovations de la première révolution industrielle (machine à vapeur et chemin de fer) comme de la seconde (moteur électrique et à essence). Les audaces londoniennes (ligne de ceinture en 1863) et surtout le modèle du métro aérien de New York (1867) donnent le ton : une cité moderne ne peut se passer d’un mode de transport aussi pratique. Luigi Loïr (1845-1916), paysagiste né en Autriche dans le cercle restreint de la famille royale française en exil, a tout de même le temps de fixer sur la toile le panorama de l’Axe majeur parisien éventré.

Analyse des images

Le Ventre de Paris

La dessin classique de Projet de Chemin de fer souterrain Villette-Halles Centrales est mis au service d’une démonstration visuelle rigoureuse. La composition découpée en deux dans le sens de la hauteur montre deux visages de Paris. En haut, on se trouve placé dans la perspective de l’actuel boulevard de Strasbourg aboutissant à la gare de l’Est inaugurée en 1849, reconnaissable à la grande halle dessinée par l’architecte François-Alexandre Duquesney (1790-1849). Si l’église Saint-Laurent sur la droite témoigne du riche patrimoine de la cité, le large boulevard Magenta qui part sur la gauche, percé en 1852, affiche déjà le profil haussmannien de la « rue-mur ». Bourdelin peuple la surface de piétons et de véhicules hippomobiles, signes d’un passé appelé à s’effacer. Sous terre, il représente l’avenir : une véritable ligne de chemin de fer qui rappelle encore beaucoup le train et ne préfigure guère le métro. La locomotive à vapeur, le chef de gare et les quais sont des traits caractéristiques des gares parisiennes. En revanche, une réflexion technique s’ébauche avec les deux tunnels auxiliaires dont l’affectation n’est pas claire. Ce pas vers le regard expert n’est pas abouti puisque le sous-sol n’est pas traité graphiquement, comme si sa structure n’avait aucune incidence sur ce type d’aménagement.

Il faut dire que plusieurs sections des lignes de métropolitain construites au début du XXe siècle. l’ont été à faible profondeur. C’est ce que montre parfaitement la toile de Loïr, qui fait partie d’une série d’œuvres échelonnées entre 1899 et 1900. Construction du métropolitain adopte elle aussi une perspective nette, celle de l’ancienne voie royale reliant d’est en ouest les châteaux de Vincennes, de la place Royale (aujourd’hui place des Vosges) du Louvre et de Saint-Cloud. Le regard porté vers l’Est de la capitale embrasse à la fois ce passé, signalé par la silhouette de la Tour Saint-Jacques, et le cœur commerçant de la cité avec ses cafés éclairés, ses nombreux passants dont certains curieux contemplent eux aussi la tranchée couverte à l’angle de la rue Jeanne d’Arc. L’artiste utilise une palette assez uniforme et multiplie les lignes verticales et horizontales : la géométrie répétée doit refléter la nouvelle unité stylistique de la capitale, dominée par la teinte blonde de la pierre de Saint-Maximin (Oise). Comme Bourdelin, Loïr propose une discours entre la surface et le souterrain, cependant il montre ici des ouvriers au travail, et non des passagers. Utilisant en plein Paris les techniques les plus simples de l’exploitation minière (l’étayage par bois), les terrassiers projettent la ville dans le nouveau siècle. Leurs costumes identiques participent de l’atmosphère de tranquille évolution du centre de la capitale.

Interprétation

Avènement de la mobilité

Les transformations de Paris entre les années 1850 et le tournant du siècle, inspirés par l’exemple londonien, visent à aérer et assainir la capitale ; on veut aussi lui donner de la fluidité et transformer le paysage social. Au nom de ces objectifs, on ne recule devant rien. L’église Saint-Laurent perd sa façade du XVIIe siècle entre 1863 et 1867 et prend l’apparence néogothique actuelle ; elle a été réaménagée pour respecter l’alignement des façades qui est la nouvelle marque de fabrique de la capitale. En 1900, les Parisiens sont habitués à ces chantiers gigantesques : l’élargissement de la rue de Rivoli au détriment des quartiers populaires qui la bordent – admirablement décrits par Balzac dans La Cousine Bette – a même été conduit de nuit, transformant l’opération en un véritable spectacle. La photographie qui a émergé au même moment a permis de fixer sur pellicule le Paris qui disparaissait et celui qui naissait à la place. Il en a été de même en 1900 : les clichés de la scène à l’angle nord-est des Tuileries abondent. Les images décrivant les mutations de la capitale sont un genre à part entière, qui a les faveurs des amateurs autant que la représentation des principaux monuments.

Si la circulation automobile est encore embryonnaire – ce sera le grand défi des XXe et XXIe siècle – la mobilité ferroviaire métropolitaine est devenue un enjeu de prestige international. Bourdelin projette une ligne entre les Halles centrales et la Villette, c’est-à-dire entre les deux centres régulant l’approvisionnement des Parisiens : la construction des Halles a débuté en 1852, celle des abattoirs associés au marché aux bestiaux en 1859. Quoique son dessin montre des passagers, on distingue aussi des wagons de marchandises, signe que le service à l’économie parisienne est encore d’actualité. En 1900, on ne vise que le trafic de voyageurs : il s’agit de permettre aux visiteurs de l’Exposition et aux spectateurs des Jeux de se déplacer entre le bois de Vincennes qui accueille ces derniers et le Trocadéro où se dressent les pavillons des nations et des provinces françaises. Le succès immédiat impose aux exploitants de la ligne d’offrir non plus trois, mais huit wagons, et d’augmenter la cadence des départs. Compacité, régularité, rapidité, desserte locale font entrer ce nouveau mode de transport dans la culture quotidienne des Parisiens.

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  • Balzac (Honoré de)
  • révolution industrielle

Bibliographie

Roger-Henri Guerrand, L'Aventure du métropolitain, Paris, La Découverte, 1999.

Dominique Larroque, Michel Margairaz et Pierre Zembri, Paris et ses transports XIXe et XXe siècles : deux siècles de décisions pour la ville et sa région, Éditions Recherches, 2002.

Noë Willer, Luigi Loir (1845-1916), peintre de la Belle Époque à la publicité : catalogue raisonné, édition Noë Willer, 2004.

Pour citer cet article

Alexandre SUMPF, « Le Metropolitain, un enjeu capital »

Glossaire

  • Edile : Maire et conseiller municipal souvent d'une grande ville
  • Néogothique : Mouvement artistique apparu à la fin du XVIIe siècle et qui court tout au long du XIXe siècle inspiré par l'art du Moyen-Åge, et particulièrement l'art gothique

  • Video: Laménagement du territoire français - Histoire-Géographie - 1ère - Les Bons Profs